Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

L'insolite poltergeist auvergnat

Imprimer Pin it!

Après les Chroniques du Confinement (voir mon post précédent), voici maintenant les Chroniques du Déconfinement qui devraient s'étendre jusqu'à la mi-juillet environ... Bonne lecture avec ce premier dossier dont j'ai parlé sur BTLV.

Le poltergeist auvergnat, ce n'est pas le nom d'une nouvelle spécialité gastronomique ! Retour sur une étrange affaire d'esprit frappeur, survenue il y a un peu de plus de 60 ans en région Auvergne-Rhône-Alpes.

ob_506df1ee489e7c89129ea9f857b0abea_image3.jpgL'histoire se déroule durant l'été 1956 à Saint-Martin d'Ollières, une petite localité à la frontière du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, à 35 km au sud-est d'Issoire.
Les Ollières, c'étaient des exploitations de terre à oules, des poteries pour la maison. Donc on faisait probablement de la poterie dans ce village qui existe sous son nom complet depuis 1347.
Aujourd'hui, St-Martin ne compte que 150 habitants, il en comptait le double, plus de 300, au milieu des années 50 au moment des faits.
A cette époque, c'est un village sans histoire, sur une petite colline parsemée de pins, où il ne se passe jamais rien.
C'est souvent le cas d'ailleurs dans les histoires de paranormal. L'endroit est toujours très calme et tout à coup il arrive quelque chose d'extraordinaire...

Et cet événement extraordinaire, justement, commence le 27 juillet 1956. Il y a dans le village une petite fille, Josiane, dite Josie, âgée d'environ de dix ans, qui passe ses vacances chez sa grand-mère depuis le 6 juillet, avec ses deux petits frères de 7 et 6 ans.
En fait, la grand-mère, Mme Géreau, décrite comme une vieille dame aux cheveux gris, à l'air revêche mais à l'oeil vif, n'habite pas le village. Elle en est juste originaire comme toute la famille qui réside à cette époque à Drancy, en région parisienne. Donc la maison que la grand-mère occupe avec les enfants, située au coeur du village juste à gauche de la mairie, est une sorte de location de vacances dans laquelle la famille vient chaque été depuis maintenant six ans.

Ceux qui ont connu la petite fille Josie à l'époque se souviennent qu'elle avait une imagination débordante et racontait tout le temps des histoires extravagantes. Mais ce qui se passait à l'intérieur de la maison, étrangement, elle préférait ne pas en parler. C'est sa grand-mère qui a fini par lâcher le morceau.
Au risque de passer pour une folle, Mme Géreau a commencé à parler d'étranges bruits dans la maison. Des bruits vraiment forts, violents même qui semblaient provenir de sous le lit des petits-enfants.
Mais en fouinant, elle s'est aperçue ensuite que ces bruits inconnus venaient peut-être de la cave, ou du grenier, elle ne savait pas vraiment.

Avec ses mots, la grand-mère a essayé de décrire ces bruits : tantôt, ils étaient réguliers et on aurait dit les pas d'un homme qui marche avec des sabots, tantôt on aurait dit le son de grosses valises qu'on traîne dans tous les sens sur le plancher.
Au début, la grand-mère a cru à une blague de ses petits-enfants qui dormaient à l'étage, mais les bruits se produisaient alors que Josie et ses deux frères étaient sagement couchés. "C'est pas nous, Mamie, ce n'est pas nous !"

hors-serie-affaires-mysterieuses_2889871.jpg
Photo Remi Dugne © Rémi DUGNE parue dans L'Eveil de la Haute-Loire

On ne sait trop comment mais l'histoire s'est ébruitée très vite, dès le lendemain. Il faut dire qu'une histoire de maison hantée, ça excite la curiosité surtout dans un village où il ne se passe rien de trépidant.
Et puis, la maison en question n'est pas très avenante. Avec ses persiennes rouillées, ses vitres sales, ses herbes folles dans le jardin, c'est un décor parfait pour une histoire fantastique.

D'abord, les riverains sont sceptiques : est-ce que cette mamie ne serait pas en train de délirer ? Elle a peut-être des troubles auditifs...
Mais la nuit venue, il faut bien se rendre à l'évidence : les bruits existent bel et bien. Quelques voisins entrent dans la maison mais ne parviennent pas à trouver l'origine des coups.
Alors certains se disent, c'est un esprit, il n'y a qu'à lui poser des questions et de répondre par un, deux ou trois coups.
Et le responsable du chahut répond ! Esprit, es-tu là ? Un coup pour oui, deux coups pour non et même jusqu'à six coups, ce qui prouve qu'il sait compter et qu'il n'est pas sourd !
On notera en passant que lorsque on s'adresse à une âme désincarnée, le tutoiement est de rigueur, on se demande bien pourquoi.

Après quoi, les gendarmes s'en mêlent, ils fouillent, enquêtent, de la cave au grenier, sans succès. Et ça n'enchante guère notre esprit frappeur, qui garde comme un silence boudeur lorsque la maréchaussée est dans la maison.
En présence des gendarmes, quelques coups mais plus timides et proportionnels au nombre de galons : la présence d'un simple gendarme réduit le phénomène, celle du maréchal des logis-chef encore plus et c'est presque le silence total en présence d'un officier.

Autre fait curieux, les bruits se font entendre tous les jours à la même heure entre 22 heures et minuit.
Une copine de Josie, qui habitait dans la maison à côté, a raconté bien plus tard sur son blog qu'elle avait elle aussi entendu les bruits de sa chambre.

1956_08_06_Maison_hantee2.jpgDeux jours après le début du phénomène, débarque un jeune ecclésiastique de la région, qui s'est muni d'un magnétophone (très novateur à l'époque puisque dans les journaux de l'époque, on explique ce que c'est). La gendarmerie accepte l'expérience.
Et quand le prêtre demande "Si je te gêne, dis-le en frappant deux coups", tous, gendarmes, voisins, le maire du village, entendent deux coups très nets.
Le prêtre insiste : "Si tu préfères que je m'en aille, frappe six coups" et six coups bien distincts résonnent dans la maison... alors que le prêtre s'en va, mortifié.
L'un des articles de l'époque raconte aussi que le maire de l'époque, M. Edouard Marseille, avait demandé en patois à "l'esprit" de sonner l'Angélus... et l'esprit a fait résonner les coups au rythme de l'Angélus !
Ce qui laisserait à penser que ledit esprit s'il n'aimait pas les curés avait tout de même une certaine culture religieuse ! Et qu'il était également polyglotte !

Au bout de quelques jours, selon le journal La Montagne qui avait envoyé des reporters sur place, il y a une bonne cinquantaine de voitures stationnées sur la place de la mairie : on vient de toute la région d'Auzon, de Jumeaux, d'Issoire et d'ailleurs, pour voir le lieu de la hantise et entendre les coups. Le couple qui tient le restaurant du coin se frotte les mains.

Quant à la grand-mère, qui en a vite assez de se faire harceler, elle verse de temps en temps un seau d'eau sur la tête des plus curieux. Elle se contente de dire aux journalistes que les enfants n'ont pas peur du tout. Ils sont parfaitement équilibrés et se trouvent très bien dans la maison.
Jour et nuit, de petits groupes de badauds attendent devant la maison et l'histoire fait rire en collectivité. Mais au fond d'eux-mêmes, les gens ne sont pas si rassurés que ça, d'autant que la région abonde en légendes de toutes sortes, à base de revenants et d'apparitions, d'histoires de chiens fantômes, de chats diaboliques et de mobilier qui se déplace tout seul.

Un écrivain auvergnat, Henri Pourrat, intrigué, s'est rendu à Saint-Martin d'Ollières et il a émis plusieurs hypothèses : et si c'était un ventriloque venu d'un village de la région ? Et qui est ce vendeur de livres consacrés au surnaturel qui est apparu comme par hasard dans le coin ? Ou alors, est-ce que ce serait la grand-mère que certains, mal intentionnés, commencent déjà à traiter de "sorcière" ?

Mais peu à peu, c'est la petite Josie qui monopolise l'attention. On s'aperçoit que lorsque les coups résonnent, elle semble ailleurs, comme absente... Elle est souvent distraite, rêveuse. Ce sont les gendarmes qui le remarquent et le notent dans leur rapport.
Et lorsque son père arrive en urgence dans la maison de vacances depuis Drancy, les bruits continuent mais lorsqu'il observe sa fille et ordonne aux bruits de cesser, la maison devient silencieuse, comme si le père avait autorité sur ce « fantôme ».
En revanche, après son arrivée, les coups ont résonné à à toute heure de la journée, alors qu'avant les coups ne se faisaient entendre qu'entre dix heures du soir et minuit.

hors-serie-affaires-mysterieuses_2889865.jpgLe dimanche 26 août 1956, la famille Géreau repart à Drancy, laissant la grand-mère sur place pendant encore quelque temps.
Et là surprise, selon la presse qui a suivi l'affaire dont Le Parisien, il semblerait que le bruit se soit déplacé avec la famille en région parisienne... mais qu'il soit resté aussi encore une nuit à Saint-Martin d'Ollières. La grand-mère entendra les coups plus fort que jamais, durant plusieurs heures et cela lui fera peur.
Dans les deux endroits, le vacarme disparaîtra ensuite pour toujours, apparemment...

Que penser de cette histoire ?

Les faits sont indéniables, ils ont été attestés par de nombreux témoins, tous dignes de foi. Aucun trucage, ni aucune cause naturelle n'ont pu être avancés pour expliquer le phénomène.
Comme dans beaucoup d'histoires similaires, il y a la présence d'une jeune personne à qui l'on prête un étrange pouvoir. Mais comme je le dis souvent, à supposer que la petite Josiane soit une sorte de "médium" capable de provoquer ces coups, il faudrait encore savoir par quel mystérieux mécanisme son subconscient est capable de produire des effets matériels aussi violents que le piétinement de sabots (c'est ce qu'ont entendu les époux Géreau de retour à Drancy) ou que faire vibrer le plancher...

C'est vrai que dans les cas de petite hantise, il n'y a pas d'intervention extérieure, c'est la psyché de la jeune personne qui semble déclencher le phénomène.
Dans le cas de St-Martin d'Ollières, il y a quand même une particularité : les coups ont continué une nuit, alors que la petite Josie était partie. Est-ce elle qui les a déclenchés à distance, ou bien une énergie résiduelle a t-elle brièvement perduré dans la maison (comme une pile qui finit de perdre toute sa puissance) ou bien... est-ce autre chose ?

Par la suite, la maison n'a plus jamais été louée. Elle est restée fermée plus de 20 ans. Le propriétaire de l'époque l'a revendue et celui qui y habite à présent affirmait encore en 2017 à la presse locale n'avoir jamais eu de problème. Ce qui n'empêche pas les gens du coin de l'appeler le Diable... mais bien entendu, c'est juste pour rire. Les mêmes habitants qui sont persuadés qu'il ne faut jamais chercher à brusquer les esprits.
Mieux vaut les laisser frapper que chercher à les faire taire....

Sources 

  • Thibaut Solano, "La petite fille de la maison hantée", L'Eveil de la Haute-Loire, 4 août 2017. Egalement dans le hors-série " L'Auvergne étrange" consacré aux 30 affaires les plus mystérieuses de la région.
  • La Montagne, 7 août 1956 + La Liberté, 3 et 6 août 1956 - 9 septembre 1956. (PDF)
  • L'histoire de la "maison hantée" sur le blog de Pixis, familière de Saint-Martin d'Ollières

Écrire un commentaire

Optionnel