Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

ufo

  • The Meadow Project : où se trouve le nouveau SkinWalker Ranch ?

    Imprimer Pin it!

    Note de lecture de "The Meadow Project" par James Trey Hudson, éditions Flying Disk France, 2023.

    IMG-7707.jpg
    Il existe ou existerait sur Terre des zones de haute étrangeté. Ces territoires insolites, parfois mal connus, parfois surmédiatisés, font l'objet d'une fascination permanente tant il abonderait en phénomènes inexpliqués et en manifestations paranormales. Cette curiosité pique toutefois davantage le grand public avide de sensations que le monde scientifique, dédaigneux de ces histoires extraordinaires souvent assimilées à des fariboles. 

    Nous connaissons tous certaines de ces zones, comme la zone 51 dans le Nevada, Point Pleasant en Virginie Occidentale, mais aussi le col de Vence en France, la Zone du Silence au Mexique ou la vallée d'Hessdalen en Norvège. Ce qui se passe au Skinwalker Ranch dans l'Utah a fait les choux gras du milieu du paranormal, conférant à ce site une réputation semi-légendaire. En 2020, j'ai eu aussi l'occasion d'évoquer sur BTLV le "Cimetière du Diable", une vaste clairière en Sibérie connue pour ses phénomènes défiant l'entendement.

    AURAIT-ON DECOUVERT UNE NOUVELLE ZONE DE HAUTE ETRANGETE ?

    C'est en tout cas ce qu'affirme James Trey Hudson dans son livre "Meadow Project", paru tout récemment en français aux éditions Flying Disc France. 
    OIP.jpgCet auteur est un militaire au CV long comme le bras qui a surtout travaillé moins sur le terrain que dans le renseignement militaire de la fin des années 80 aux années 2000. Il possède aussi différentes cordes à son arc puisqu'il est aussi opérateur radio-amateur, secouriste, sauveteur et plongeur de combat ainsi que spécialiste certifié en gestion des urgences militaires. 

    Mais en l'occurrence, et c'est cela qui nous intéresse au premier chef, Hudson est aussi le directeur fondateur de l’Oxford Paranormal Society (rien à voir avec le Oxford anglais, c'est en Alabama) et du groupe d’études et d’observation des phénomènes anormaux. A ce titre, il se passionne depuis un moment pour les ovnis et tout le folklore américain du paranormal dont les fameux Big Foot. Il s'est aussi initié au Remote Viewing, une technique de perception extrasensorielle censée permettre à une personne d'accéder à des informations ou des événements éloignés dans l'espace ou dans le temps sans avoir de contact direct avec eux. Bref, on est loin du sceptique et on est plutôt en face d'un homme très ouvert d'esprit sur les choses de l'invisible.

    LA DECOUVERTE DE LA PRAIRIE 

    Lors de ses rencontres au milieu des années 2010, Hudson entend parler d'un endroit un peu particulier, situé dans une zone reculée d'un parc national américain, dans laquelle il se passerait des phénomènes étranges. On lui parle d'observations d'ovnis, de présence de Big Foot, d'anomalies magnétiques, etc. 
    Intrigué, Hudson réunit autour de lui une petite équipe composée d‘anciens combattants des opérations spéciales et du renseignement, d’agents des forces de l’ordre, d’ingénieurs, d’employés du gouvernement, d’infirmiers, d'auxiliaires médicaux, etc.  Dans le livre, seul l'auteur est dévoilé (nom et photos), tous les autres sont anonymes (juste un prénom et une initiale), même si les photos de l'équipe ne masquent guère leur visage...
    Tous ensemble, avec à chaque fois une équipe légèrement différente et quelques "pièces" rapportées (potes de rencontre, petite amie du moment...), ils vont effectuer plusieurs séjours entre 2015 et 2019 dans cette zone qui va être vite baptisée "The Meadow "(La Prairie). 

    DES PHENOMENES TROUBLANTS

    Les séjours en camping dans le cadre du "Meadow Project" font l'objet d'une logistique quasi-militaire : on s'y prépare des semaines à l'avance, on emmène du matériel d'observation de plus en plus sophistiqué et on essaie d'appliquer des techniques d'enquête perfectionnées.
    Chaque passage dans The Meadow donne lieu à des compte rendus précis car la petite tribu n'est que rarement déçue : lors de chaque sortie, Hudson et ses coéquipiers sont les témoins d'incidents incompréhensibles comme des distorsions temporelles et visuelles, des apparitions d’entités, des observations fugaces de cryptides, des cubes volants, des boules de lumières flottantes qui semblent les suivre, des murmures venus de nulle part, etc. Il s'en passe de drôles la nuit dans ce coin perdu d'Amérique !
    Le livre est en fait la compilation de toutes ces expéditions, avec une tentative d'aller un peu plus loin en fin d'ouvrage.

    CE QUE J'EN PENSE

    Il faut davantage voir ce livre comme un livre d'aventures en pleine nature que comme un livre de chercheur en paranormal. 

    Sur le plan littéraire, n'en attendez rien. Hudson n'est pas un écrivain, il n'a pas de style, ses descriptions sont plates, taillées à la serpe et dénuées de tout sentiment. Le traducteur français a dû s'arracher les cheveux tant il y a de redondances et de phrases totalement hasardeuses. Mais on n'est pas là pour faire dans le bucolique ! 
    Hudson excelle en revanche à rédiger des rapports qui ressemblent à des procès-verbaux (on voit son expérience dans l'armée) avec la description précise de qui fait quoi à chaque moment. Votre imagination fera le reste !

    Sur l'intérêt du livre et la démarche mise en oeuvre, je reste mitigé, ne sachant pas quoi en penser au final. Si vous avez l'esprit un tant soit rigoureux et critique, vous vous dites que malgré l'accumulation de faits insolites au fil des sorties, il n'y a à peu près rien qui ne puisse pas être expliqué rationnellement dans les (trop ?) nombreuses observations faites par Hudson et son équipe. 
    Beaucoup de ces faits ne sont que des interprétations personnelles (souvent d'une seule personne isolée) et les rares documents objectifs enregistrés (captures d'écran de caméras thermiques très floues, bruits étranges, etc.) peuvent être tout et n'importe quoi. Je ne peux donc pas confirmer que l'intégralité de ce qui est rapporté est authentique.
    De plus, je suis un peu gêné du biais fréquent dans le livre de conclure à un phénomène paranormal alors qu'on a pas pris en compte toutes les explications possibles (je pense, entre autres exemples, aux bruits de chute dans l'eau entendus au bord du lac la nuit. Penser immédiatement à des Bigfoot qui font trempette n'est-il pas un peu hâtif ?).
    Durant ma lecture, j'ai d'ailleurs remarqué que la faune animale était peu évoquée alors que c'est elle qui est à l'origine de la plupart des bruits qu'on entend en forêt la nuit.

    Si vous êtes plus indulgent, vous pouvez être malgré tout fasciné par cette mini-épopée en forêt dans une zone inconnue qui rappelle les bons films d'angoisse que vous adoriez lorsque vous étiez adolescent. C'est effectivement intrigant de voir tous ces "phénomènes" déconcertants auxquels Hudson et son équipe vont être confrontés. Ils ne verront pas d'ovnis ni de Bigfoot mais vont témoigner de la présence d'entités et de sensations personnelles étranges et subjectives comme des "temps manquants". 

    En tant qu'historien de l'étrange, j'ai été très étonné de deux choses, pour une équipe présentée comme très expérimentée :
    - les actes manqués ou incompréhensibles à plusieurs reprises lors des explorations de la Prairie, comme l'oubli d'appareils majeurs, les enregistrements mal effectués ou le fait de laisser des membres de l'équipe seuls à un endroit (et, comme par "hasard", il va leur arriver des trucs étranges dont ils seront les seuls à témoigner... sans la moindre preuve).
    - l'absence totale d'analyse à froid des expéditions après les sorties : n'y-a-t-il vraiment rien à mesurer, comparer, étudier dans ce qui a été filmé ou enregistré ? Apparemment non (ou on ne veut pas nous le dire), puisque Hudson et ses amis attendent juste l'occasion de retourner sur place quelques mois plus tard pour une nouvelle partie de camping.
    Hudson tente bien d'élargir le propos en fin d'ouvrage mais en nous proposant quelques théories sur la vie extraterrestre que l'on a déjà lues mille fois ailleurs et qui semblent complètement décalées par rapport au récit qui précède.

    Le +
    Un livre qui traite d'un sujet original, qui n'est pas déplaisant, qui a le mérite de stimuler l'imagination et qui donne l'envie d'aller voir par soi-même ce qui se passe en réalité dans cette zone. Et ce n'est pas rien ! 

    Le -
    Un livre de témoignages surtout mais pas d'analyse, l'absence d'éléments objectifs probants, des redites et des incohérences dans les faits rapportés.

    FAUT-IL LE LIRE ?
    Oui, pour découvrir un sujet inédit qui sort des sentiers battus et se forger son propre jugement... mais sans prendre tout ce qui est raconté pour argent comptant.

    OK, ET OU SE TROUVE THE MEADOW ?

    C'est la grande question, non ?
    Selon Hudson, la localisation précise est gardée secrète à ce jour en vue de protéger le site de toute visite inopportune. L'auteur veut bien partager avec le monde ce qui s'y déroulerait mais il ne veut pas qu'on vienne piétiner la Prairie pour y pique-niquer. 
    Je peux le comprendre et je ne vais pas dévoiler l'emplacement précis de cette zone... même si je le connais !

    Il est suggéré dans le livre que The Meadow serait dans une zone très proche du légendaire ranch Skinwalker de l’Utah. Je peux vous certifier que c'est complètement faux ! A partir des indices disséminés dans le livre (et quelques remarques trouvées sur un blog qui orientait la recherche), j'ai concentré mes recherches sur Google Maps sur une zone des Etats-Unis somme toute logique afin de repérer The Meadow. 
    Il m'a fallu environ deux heures d'observation attentive pour localiser la zone avec la forme du terrain quasi-identique aux cartes sommaires figurant dans le livre. Certes, James Trey Hudson a modifié tous les noms (parc national, rivière et lac, campings) mais une fois le terrain identifié, toute la topographie locale autour de la zone résonne avec le contenu du livre.

    Voici, pour comparer, la carte sommaire de The Meadow dans le livre et la capture d'écran que j'ai faite sur Google Maps. Frappant, non ? 

    IMG-7752.jpg

    meadow,project,location,ufo,weird,livre,james,trey,hudson

    J'ai fait part de ma découverte avec les coordonnées de l'emplacement exact de La Prairie à Jean Librero, représentant de Flying Disk France, que je remercie au passage de m'avoir adressé un exemplaire de ce livre.

    Important : ce texte est sous copyright. Vous pouvez publier un lien dirigé vers cette page, mais il est formellement interdit de reproduire l'article sans l'autorisation de l'auteur.

  • NON, Paul Hellyer (1923-2021) n'a jamais prouvé l'existence des extraterrestres

    Imprimer Pin it!

    Au début de l'été, je me suis dit que j'allais faire un article sur une "référence" récurrente dans le monde de l'ufologie, à savoir l'ex-ministre canadien Paul Hellyer.
    Alors que je rassemblais mes notes et mes sources, un malheureux hasard a voulu que j'apprenne le décès de mon sujet le 8 août dernier à l'âge de 98 ans. Qu'à cela ne tienne, mon article devenait alors une sorte de bilan de son "action" en territoire ovni.

    Qui était Paul Hellyer ?

    Né en 1923 à Waterford dans l'Ontario, Paul Theodore Hellyer était un homme politique canadien. Elu en 1949 plus jeune député jamais élu à la Chambre des Communes du Canada, il a surtout été actif en politique jusqu'en 1969. Le sommet de sa carrière intervient en 1963 lorsqu'il devient ministre de la Défense nationale dans le cabinet de Lester B. Pearson.
    A ce poste, il organise l'intégration et l'unification de l'armée canadienne, la marine royale canadienne et l'aviation royale du Canada dans une seule organisation, les forces armées canadiennes. De septembre 1967 à avril 1969, Hellyer est brièvement ministre des Transports dans le cabinet de Trudeau, et il est nommé ministre senior du cabinet, un poste semblable au poste actuel de vice-premier ministre.

    Ensuite de 1969 à 1982, il siège en tant qu'indépendant avant de rejoindre le parti radical. Durant presque trois décennies, il se montre assez discret, jouant un rôle mineur dans la vie politique canadienne. 
    En 1997, Hellyer revient dans l'actualité en fondant le Parti Action Canadienne (PAC) pour fournir aux électeurs une option économiquement nationaliste à la suite de l'effondrement du Parti National du Canada. Son nouveau parti ne se fait guère remarquer et lui-même ne parvient pas à se faire élire à la Chambre des Communes en 1997 et en 2000. Quatre ans plus tard, échouant à faire fusionner le PAC et le parti néo-démocrate NPD, il démissionne comme chef du PAC mais en reste membre.
    Voilà pour la carrière politique, à ce moment, en 2004, Hellyer est âgé de 81 ans. 

    Quel était son lien avec l'ufologie ?

    Le 5 septembre 2005, dans une conférence à l'université de Toronto qui attire l'attention des médias mainstream, Paul Hellyer déclare publiquement que "les ovnis sont aussi réels que les avions qui volent au-dessus de nos têtes". En ajoutant que "les militaires américains préparent des armes qui pourraient être utilisées contre les aliens, et ils pourraient nous entraîner dans une guerre intergalactique sans nous envoyer le moindre avertissement".

    hellyer,ovni,ufo,preuve,faux,biais,farfeluHellyer récidive le 28 février 2007, dans le quotidien Ottawa Citizen, en appelant les gouvernements mondiaux à révéler ce qu'ils dissimulent sur la technologie des extraterrestres. Dans quel but ? Enrayer le dérèglement climatique. En effet, selon Hellyer, "certains d'entre nous pensent qu'ils en savent beaucoup, et cela pourrait suffire à sauver notre planète. ».
    Durant les années suivantes, à plusieurs reprises, il va reprendre la parole sur le sujet, répétant à l'envi que les aliens sont déjà parmi nous et que les gouvernements, surtout le gouvernement américain, nous cachent leur existence et ses liens étroits avec "ces visiteurs". Comme le 30 décembre 2013 dans une interview télévisée à la chaîne Russia Today durant laquelle il affirme que les extraterrestres visitent notre planète depuis des milliers d'années, qu'ils vivent sur Mars, Vénus et une lune de Jupiter, et qu'une de leurs races collabore en secret avec le gouvernement américain au Nevada...

    Lors de ses prises de parole, Hellyer va raconter que les extraterrestres ont créé de nombreux mythes humains et qu'ils comporteraient plusieurs espèces (les grands blonds, les petits gris, les reptiliens, les mantes religieuses, etc... jusqu'à 80 types différents !). Son obsession, c'est surtout celle du silence qui entoure toute l'affaire. Avec cette idée permanente qu'un groupe secret contrôle le monde dans le but de former un inquiétant gouvernement planétaire...

    Doit-on le prendre au sérieux ?

    Chez les ufologues nord-américains puis européens, ces déclarations ont fait l'effet d'un séisme. Enfin, un homme politique et pas n'importe lequel, un ex-ministre de la Défense canadien, reconnaissait que la présence des extraterrestre était une réalité, qu'on nous cachait des trucs et qu'il s'agissait de se bouger avant la grande guerre galactique. Autant dire que cela ajoutait de l'eau au moulin de tous ceux qui sont convaincus que la question ovni baigne en pleine théorie du complot. Si ce politicien, qui devait avoir accès à toutes sortes de dossiers top secrets lorsqu'il était en fonction, le dit, c'est que c'est vrai, non ?

    Doit-on vraiment prendre au sérieux les allégations de Paul Hellyer ? Eh bien, la réponse risque de vous décevoir.
    De son propre aveu dans une interview dans Vice, le politicien a reconnu qu'il s'est intéressé au phénomène ovni seulement depuis le milieu des années 1990. C'est la lecture du livre très controversé de Philip J. Corso (The Day After Roswell, 1997) qui a éveillé sa curiosité pour le phénomène ovni. 
    Jusque là, le sujet ne faisait absolument pas partie de ses préoccupations. Encore moins lorsqu'il était au gouvernement de 1963 à 1967: "quand j’étais ministre de la Défense, j’ai reçu des rapports d’observations d’ovnis, mais à l’époque, j’étais beaucoup trop occupé [par mes fonctions] pour m’en soucier». 

    Dans son excellent livre "Ovnis au Québec" (éditions Guy Saint-Jean, 2020), Christian Page raconte qu'il a pu échanger avec Paul Hellyer au milieu des années 2000. Lorsque le spécialiste du paranormal lui a parlé du projet Second Storey supervisé par l'Aviation Royale canadienne, Hellyer a reconnu qu'il n'en avait jamais entendu parler avant les années 2000. Il avoua aussi candidement à Christian Page que parmi ses "sources les plus crédibles" (sic) figuraient des individus communiquant avec les extraterrestres par télépathie...

    Attendez... Mais au regard de sa carrière et de son réseau, Paul Hellyer doit bien disposer de documents convaincants pour appuyer ses déclarations extraordinaires, non ? Il a bien dû avoir accès à des archives confidentielles du ministère de la Défense ? Ou avoir des échanges privés ultra secrets entre haut personnages de l'Etat canadien lorsqu'il était au gouvernement ? La réponse est : non.

    Paul Hellyer l'a dit lui-même : il a commencé à se plonger dans l'ufologie par curiosité 25 ans après avoir quitté son poste de ministre, à un âge de retraite déjà bien avancé. Ses seules informations, ils les tient en fait de livres sur les ovnis qu'il a lus (et que chacun d'entre nous peut aller s'acheter), de la consultation de sites et de blogs sur Internet et de discussions qu'il a eu avec des ufologues.
    Forcément, ces derniers n'allaient pas lâcher un aussi bon client et certains d'entre eux, comme Steven Greer, l'ont tout de suite associé à leurs projets plus ou moins fumeux, s'achetant sans débourser une crédibilité nouvelle du fait de la seule présence de Paul Hellyer dans leurs colloques payants.
    Paul Hellyer croyait aux extraterrestres, c'était son droit comme plein de monde sur la planète, mais sa parole n'avait pas plus de légitimité que celle d'un amateur curieux du sujet. Il n'avait pas plus d'informations secrètes que vous et moi. Et jamais il n'a apporté le moindre début de preuve de ce qu'il affirmait en conférence publique ou dans les médias. Aussi, pourquoi aurait-on dû le croire ?

    Une dérive fréquente de l'ufologie

    Le cas de Paul Hellyer est instructif car il met à jour deux dévoiements courants chez les ufologues :
    - le biais d'autorité : parce qu'un individu a occupé autrefois (ce terme pouvant signifier il y a fort longtemps) un poste important, il faudrait prendre ses paroles pour argent comptant. Doit-on forcément croire aveuglément quelqu'un qui fut ministre de la Défense dans les années 60 ? J'entends cet argument en permanence dans mes échanges avec des ufologues. Ne serait-il pas mieux d'évaluer ses propos au vu de ce qu'il apporte comme arguments solides ?
    C'est exactement le même biais qui est à l'oeuvre avec le général israélien à la retraite Haim Eshed, 87 ans, responsable du programme de sécurité spatiale d'Israël de 1981 à 2010, qui a déclaré en 2020 que nous étions déjà en contact avec une hypothétique Confédération Galactique et que Donald Trump était au courant... Qu'avait-il à l'appui de ces déclarations fracassantes ? Là encore, rien du tout. L'homme en question, retiré du pouvoir, s'est plongé dans l'ufologie une fois ses fonctions terminées, comme d'autres se lancent dans la philatélie ou le jardinage. Mais il fait le bonheur des ufologues peu regardants qui, en réalité, subissent un deuxième biais cognitif :

    - l'esprit critique sélectif : dès lors que le message va dans le sens de sa propre croyance, on désactive mentalement sa capacité à évaluer le message en question. C'est ce que font les ufologues qui s'enthousiasment pour les assertions de Paul Hellyer sans jamais se rendre compte que ce sont eux-mêmes qui sont à leur origine ! Le serpent qui se mord la queue, en quelque sorte...
    Ne leur jetons pas trop la pierre (sauf à ceux qui ne sont pas dupes et y voient un intérêt mercantile) mais nous sommes tous plus ou moins coupables de ce manque d'esprit critique si nous ne sommes pas vigilants. Au passage, vous noterez que les plus complotistes d'entre tous, ceux qui en général ont la plus grande méfiance pour les politiciens (complices du secret) s'enflamment pour un ex-politicien quand celui-ci vient leur raconter une histoire qui les satisfait. Imaginez si c'était l'inverse : un ex-ministre de la Défense vient annoncer que les extraterrestres n'existent pas, ils lui tomberaient tous dessus en l'accusant de mentir... justement parce c'est un homme politique...

    Au final, je ne voudrais pas qu'on me fasse dire ce que je n'ai pas écrit. Je ne suis pas ufologue mais je ne nie pas la réalité du phénomène ovni. Celui-ci existe et mérite un examen sérieux et objectif. Les ovnis doivent être un sujet d'étude comme les autres.  Mais comment espérer que les scientifiques s'en emparent alors qu'un exemple, comme celui de Paul Hellyer, vient illustrer la présence d'une forme de pensée défaillante ? 
    Cela vaut d'ailleurs pour l'ufologie comme pour tout l'univers du paranormal. On peut écouter et enregistrer les témoignages, les questionner, les comparer mais croire les gens sur parole ne mène à rien, même si ce qu'ils racontent va dans le sens de nos croyances.
    Les mots seuls n'ont jamais constitué une preuve de quoi que ce soit.
    Et chez les ufologues comme dans le grand public, la méfiance devrait être de mise, surtout lorsqu'on nous raconte quelque chose que l'on a envie d'entendre !

    Important : ce texte est sous copyright. Vous pouvez publier un lien dirigé vers cette page, mais il est formellement interdit de reproduire tout ou partie de cet article sans l'autorisation de l'auteur.

  • 26 juin 2017 : conférence de Jacques Vallée, Paris

    Imprimer Pin it!

    Ce lundi 26 juin 2017, Jacques Vallée donnait une conférence à l’espace 104, rue de Vaugirard à l’invitation de l’Institut Métapsychique. Près de 200 personnes étaient présentes à cet événement très attendu.

    Après une brève présentation de l’invité par les organisateurs, celui-ci prend la parole et précise d’emblée le sujet de son intervention « What do we know about the material composition of UFO’s ? » ("Que savons-nous sur la composition matérielle des Ovnis ? »).
    Résumé de cette soirée exceptionnelle, en espérant n'avoir pas dénaturé la pensée de Jacques Vallée.

    Lire la suite