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Les Dossiers Inexpliqués de Joslan F. Keller

  • Le jardin le plus mortel du monde

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    Vous qui entrez ici, ne perdez pas toute espérance mais faites bien attention à ce que vous touchez. Bienvenue à Alnwick Garden, le jardin le plus dangereux du monde !

    Dans ce splendide espace, situé dans le nord de l'Angleterre, vous pouvez admirer des hectares de plantes colorées parfaitement inoffensives mais il existe un périmètre qui effraie tout le monde, protégé par d'impressionnantes portes en fer noir.
    C'est le Jardin des Poisons, un endroit où il n'est pas conseillé du tout de venir respirer de trop près les végétaux : toutes les plantes, plusieurs centaines d'espèces différentes, peuvent vous tuer !

    jardin,poison,angleterre,effrayantOn doit cette drôle d'idée à Jane Percy qui, en 1995, est devenue duchesse de Northumberland, un comté du nord-est de l’Angleterre qui s’étend jusqu’à la frontière avec l’Écosse. Sa famille a hérité du château d'Alnwick, siège traditionnel du duc de Northumberland, après la mort subite du frère de son époux.

    En s'installant au château, le mari de Jane lui a demandé d'imaginer quelque chose de nouveau pour les jardins, laissés quasiment à l'abandon.
    Jane va vite étonner son mari, qui a dû penser qu'elle allait juste planter quelques roses. En fait, dès 1996, elle recrute un architecte paysagiste français, Jacques Wirtz, qui a déjà travaillé aux Tuileries et dans les jardins de l'Elysée et tous deux vont réinventer les jardins d'Alnwick.

    Comme la duchesse de Northumberland déteste le conformisme et ne veut pas faire quelque chose de convenu, à l'image des autres jardins de la campagne anglaise, elle songe à ajouter aux jardins traditionnels un espace différent et inhabituel.
    Au début, elle pense créer un jardin d'apothicaire, mais lors d'un voyage en Italie, une nouvelle idée germe dans son esprit. C'est lors de la visite du fameux jardin des poisons des Médicis que Jane Percy songe à concevoir un jardin de plantes tueuses.
    Cette idée se confirme lorsqu'elle visite ensuite le site archéologique du plus grand hôpital de l’Écosse médiévale, où elle découvre les éponges soporifiques imbibées de jusquiame, d’opium et de pruche servant à anesthésier les amputés pendant les opérations au 15ème siècle.

    jardin,poison,angleterre,effrayantLa duchesse entreprend donc de recueillir des plantes vénéneuses de toutes origines et elle en sélectionne une bonne centaine avec un seul critère : ces plantes doivent raconter une bonne histoire. Pour la duchesse, cela veut dire que des plantes tueuses exotiques comme le brugmansia d’Amérique du Sud se mêleraient à des poisons plus communs comme les haies de laurier rose. Car, ce qu'ignore souvent le public, c'est que les plantes toxiques sont courantes. La haie de laurier rose, très présente dans les jardins, est ainsi très toxique.

    Lancé seulement en 2004, Le Jardin des Poisons est devenu l'attraction d'Alnwick Garden qui attire au total près de 800 000 visiteurs chaque année. L'espace dangereux est bien délimité, au milieu de cette oasis verte innocente, par un panneau au message sans ambiguité indiquant ce qui se cache à l'intérieur : "These plants can kill" (Ces plantes peuvent tuer).

    jardin,poison,angleterre,effrayantLes visiteurs peuvent y découvrir de près (mais pas trop) plus de 100 espèces parmi les plus dangereuses du monde, et découvrir la légende qui leur a valu cette hideuse réputation.
    Il est bien entendu interdit aux visiteurs de sentir, toucher ou goûter l'une d'entre elles et les jardiniers doivent porter des gants en permanence et prendre des précautions supplémentaires lorsqu'ils pénètrent dans cet espace clos.

    Pour les fans d'Harry Potter, ajoutons que le château d'Alnwick a servi de cadre pour Poudlard dans les deux premiers films de la série.

    • Informations pratiques : www.alnwickgarden.com
    • Adresse : Greenwell Road Alnwick, Northumberland, NE66 1YU.

    Source : Bougervoyager.com

  • L'insolite poltergeist auvergnat

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    Après les Chroniques du Confinement (voir mon post précédent), voici maintenant les Chroniques du Déconfinement qui devraient s'étendre jusqu'à la mi-juillet environ... Bonne lecture avec ce premier dossier dont j'ai parlé sur BTLV.

    Le poltergeist auvergnat, ce n'est pas le nom d'une nouvelle spécialité gastronomique ! Retour sur une étrange affaire d'esprit frappeur, survenue il y a un peu de plus de 60 ans en région Auvergne-Rhône-Alpes.

    ob_506df1ee489e7c89129ea9f857b0abea_image3.jpgL'histoire se déroule durant l'été 1956 à Saint-Martin d'Ollières, une petite localité à la frontière du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, à 35 km au sud-est d'Issoire.
    Les Ollières, c'étaient des exploitations de terre à oules, des poteries pour la maison. Donc on faisait probablement de la poterie dans ce village qui existe sous son nom complet depuis 1347.
    Aujourd'hui, St-Martin ne compte que 150 habitants, il en comptait le double, plus de 300, au milieu des années 50 au moment des faits.
    A cette époque, c'est un village sans histoire, sur une petite colline parsemée de pins, où il ne se passe jamais rien.
    C'est souvent le cas d'ailleurs dans les histoires de paranormal. L'endroit est toujours très calme et tout à coup il arrive quelque chose d'extraordinaire...

    Et cet événement extraordinaire, justement, commence le 27 juillet 1956. Il y a dans le village une petite fille, Josiane, dite Josie, âgée d'environ de dix ans, qui passe ses vacances chez sa grand-mère depuis le 6 juillet, avec ses deux petits frères de 7 et 6 ans.
    En fait, la grand-mère, Mme Géreau, décrite comme une vieille dame aux cheveux gris, à l'air revêche mais à l'oeil vif, n'habite pas le village. Elle en est juste originaire comme toute la famille qui réside à cette époque à Drancy, en région parisienne. Donc la maison que la grand-mère occupe avec les enfants, située au coeur du village juste à gauche de la mairie, est une sorte de location de vacances dans laquelle la famille vient chaque été depuis maintenant six ans.

    Ceux qui ont connu la petite fille Josie à l'époque se souviennent qu'elle avait une imagination débordante et racontait tout le temps des histoires extravagantes. Mais ce qui se passait à l'intérieur de la maison, étrangement, elle préférait ne pas en parler. C'est sa grand-mère qui a fini par lâcher le morceau.
    Au risque de passer pour une folle, Mme Géreau a commencé à parler d'étranges bruits dans la maison. Des bruits vraiment forts, violents même qui semblaient provenir de sous le lit des petits-enfants.
    Mais en fouinant, elle s'est aperçue ensuite que ces bruits inconnus venaient peut-être de la cave, ou du grenier, elle ne savait pas vraiment.

    Avec ses mots, la grand-mère a essayé de décrire ces bruits : tantôt, ils étaient réguliers et on aurait dit les pas d'un homme qui marche avec des sabots, tantôt on aurait dit le son de grosses valises qu'on traîne dans tous les sens sur le plancher.
    Au début, la grand-mère a cru à une blague de ses petits-enfants qui dormaient à l'étage, mais les bruits se produisaient alors que Josie et ses deux frères étaient sagement couchés. "C'est pas nous, Mamie, ce n'est pas nous !"

    hors-serie-affaires-mysterieuses_2889871.jpg
    Photo Remi Dugne © Rémi DUGNE parue dans L'Eveil de la Haute-Loire

    On ne sait trop comment mais l'histoire s'est ébruitée très vite, dès le lendemain. Il faut dire qu'une histoire de maison hantée, ça excite la curiosité surtout dans un village où il ne se passe rien de trépidant.
    Et puis, la maison en question n'est pas très avenante. Avec ses persiennes rouillées, ses vitres sales, ses herbes folles dans le jardin, c'est un décor parfait pour une histoire fantastique.

    D'abord, les riverains sont sceptiques : est-ce que cette mamie ne serait pas en train de délirer ? Elle a peut-être des troubles auditifs...
    Mais la nuit venue, il faut bien se rendre à l'évidence : les bruits existent bel et bien. Quelques voisins entrent dans la maison mais ne parviennent pas à trouver l'origine des coups.
    Alors certains se disent, c'est un esprit, il n'y a qu'à lui poser des questions et de répondre par un, deux ou trois coups.
    Et le responsable du chahut répond ! Esprit, es-tu là ? Un coup pour oui, deux coups pour non et même jusqu'à six coups, ce qui prouve qu'il sait compter et qu'il n'est pas sourd !
    On notera en passant que lorsque on s'adresse à une âme désincarnée, le tutoiement est de rigueur, on se demande bien pourquoi.

    Après quoi, les gendarmes s'en mêlent, ils fouillent, enquêtent, de la cave au grenier, sans succès. Et ça n'enchante guère notre esprit frappeur, qui garde comme un silence boudeur lorsque la maréchaussée est dans la maison.
    En présence des gendarmes, quelques coups mais plus timides et proportionnels au nombre de galons : la présence d'un simple gendarme réduit le phénomène, celle du maréchal des logis-chef encore plus et c'est presque le silence total en présence d'un officier.

    Autre fait curieux, les bruits se font entendre tous les jours à la même heure entre 22 heures et minuit.
    Une copine de Josie, qui habitait dans la maison à côté, a raconté bien plus tard sur son blog qu'elle avait elle aussi entendu les bruits de sa chambre.

    1956_08_06_Maison_hantee2.jpgDeux jours après le début du phénomène, débarque un jeune ecclésiastique de la région, qui s'est muni d'un magnétophone (très novateur à l'époque puisque dans les journaux de l'époque, on explique ce que c'est). La gendarmerie accepte l'expérience.
    Et quand le prêtre demande "Si je te gêne, dis-le en frappant deux coups", tous, gendarmes, voisins, le maire du village, entendent deux coups très nets.
    Le prêtre insiste : "Si tu préfères que je m'en aille, frappe six coups" et six coups bien distincts résonnent dans la maison... alors que le prêtre s'en va, mortifié.
    L'un des articles de l'époque raconte aussi que le maire de l'époque, M. Edouard Marseille, avait demandé en patois à "l'esprit" de sonner l'Angélus... et l'esprit a fait résonner les coups au rythme de l'Angélus !
    Ce qui laisserait à penser que ledit esprit s'il n'aimait pas les curés avait tout de même une certaine culture religieuse ! Et qu'il était également polyglotte !

    Au bout de quelques jours, selon le journal La Montagne qui avait envoyé des reporters sur place, il y a une bonne cinquantaine de voitures stationnées sur la place de la mairie : on vient de toute la région d'Auzon, de Jumeaux, d'Issoire et d'ailleurs, pour voir le lieu de la hantise et entendre les coups. Le couple qui tient le restaurant du coin se frotte les mains.

    Quant à la grand-mère, qui en a vite assez de se faire harceler, elle verse de temps en temps un seau d'eau sur la tête des plus curieux. Elle se contente de dire aux journalistes que les enfants n'ont pas peur du tout. Ils sont parfaitement équilibrés et se trouvent très bien dans la maison.
    Jour et nuit, de petits groupes de badauds attendent devant la maison et l'histoire fait rire en collectivité. Mais au fond d'eux-mêmes, les gens ne sont pas si rassurés que ça, d'autant que la région abonde en légendes de toutes sortes, à base de revenants et d'apparitions, d'histoires de chiens fantômes, de chats diaboliques et de mobilier qui se déplace tout seul.

    Un écrivain auvergnat, Henri Pourrat, intrigué, s'est rendu à Saint-Martin d'Ollières et il a émis plusieurs hypothèses : et si c'était un ventriloque venu d'un village de la région ? Et qui est ce vendeur de livres consacrés au surnaturel qui est apparu comme par hasard dans le coin ? Ou alors, est-ce que ce serait la grand-mère que certains, mal intentionnés, commencent déjà à traiter de "sorcière" ?

    Mais peu à peu, c'est la petite Josie qui monopolise l'attention. On s'aperçoit que lorsque les coups résonnent, elle semble ailleurs, comme absente... Elle est souvent distraite, rêveuse. Ce sont les gendarmes qui le remarquent et le notent dans leur rapport.
    Et lorsque son père arrive en urgence dans la maison de vacances depuis Drancy, les bruits continuent mais lorsqu'il observe sa fille et ordonne aux bruits de cesser, la maison devient silencieuse, comme si le père avait autorité sur ce « fantôme ».
    En revanche, après son arrivée, les coups ont résonné à à toute heure de la journée, alors qu'avant les coups ne se faisaient entendre qu'entre dix heures du soir et minuit.

    hors-serie-affaires-mysterieuses_2889865.jpgLe dimanche 26 août 1956, la famille Géreau repart à Drancy, laissant la grand-mère sur place pendant encore quelque temps.
    Et là surprise, selon la presse qui a suivi l'affaire dont Le Parisien, il semblerait que le bruit se soit déplacé avec la famille en région parisienne... mais qu'il soit resté aussi encore une nuit à Saint-Martin d'Ollières. La grand-mère entendra les coups plus fort que jamais, durant plusieurs heures et cela lui fera peur.
    Dans les deux endroits, le vacarme disparaîtra ensuite pour toujours, apparemment...

    Que penser de cette histoire ?

    Les faits sont indéniables, ils ont été attestés par de nombreux témoins, tous dignes de foi. Aucun trucage, ni aucune cause naturelle n'ont pu être avancés pour expliquer le phénomène.
    Comme dans beaucoup d'histoires similaires, il y a la présence d'une jeune personne à qui l'on prête un étrange pouvoir. Mais comme je le dis souvent, à supposer que la petite Josiane soit une sorte de "médium" capable de provoquer ces coups, il faudrait encore savoir par quel mystérieux mécanisme son subconscient est capable de produire des effets matériels aussi violents que le piétinement de sabots (c'est ce qu'ont entendu les époux Géreau de retour à Drancy) ou que faire vibrer le plancher...

    C'est vrai que dans les cas de petite hantise, il n'y a pas d'intervention extérieure, c'est la psyché de la jeune personne qui semble déclencher le phénomène.
    Dans le cas de St-Martin d'Ollières, il y a quand même une particularité : les coups ont continué une nuit, alors que la petite Josie était partie. Est-ce elle qui les a déclenchés à distance, ou bien une énergie résiduelle a t-elle brièvement perduré dans la maison (comme une pile qui finit de perdre toute sa puissance) ou bien... est-ce autre chose ?

    Par la suite, la maison n'a plus jamais été louée. Elle est restée fermée plus de 20 ans. Le propriétaire de l'époque l'a revendue et celui qui y habite à présent affirmait encore en 2017 à la presse locale n'avoir jamais eu de problème. Ce qui n'empêche pas les gens du coin de l'appeler le Diable... mais bien entendu, c'est juste pour rire. Les mêmes habitants qui sont persuadés qu'il ne faut jamais chercher à brusquer les esprits.
    Mieux vaut les laisser frapper que chercher à les faire taire....

    Sources 

    • Thibaut Solano, "La petite fille de la maison hantée", L'Eveil de la Haute-Loire, 4 août 2017. Egalement dans le hors-série " L'Auvergne étrange" consacré aux 30 affaires les plus mystérieuses de la région.
    • La Montagne, 7 août 1956 + La Liberté, 3 et 6 août 1956 - 9 septembre 1956. (PDF)
    • L'histoire de la "maison hantée" sur le blog de Pixis, familière de Saint-Martin d'Ollières
  • Les Chroniques du Confinement (mars-avril 2020)

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    Si vous en avez raté une ou plusieurs, retour sur les 9 Chroniques du Confinement rédigées en mars-avril 2020.

    1. La disparue qui se cherchait elle-même
    2. La station service de l'I29
    3. Rencontres du 3ème type en 1920 ?
    4. Les naufragés qui s'ignoraient
    5. Que s'est-il passé à Ansacq en 1730 ?
    6. L'étrange personnage de Bourtourault
    7. Le dernier signe du lieutenant Murphy
    8. L'effrayant cimetière du Diable (Russie)
    9. Clinton Road, une route maudite ?

    Bonne lecture !

  • Clinton Road, une route maudite ?

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    En mars 2020, peu avant la période de confinement, j'ai enregistré un Dossier Inexpliqué pour BTLV consacré aux routes maudites. En voici un extrait que j'ai enrichi de photos et d'anecdotes complémentaires.

    Lorsqu'on pense à des lieux maudits, on imagine tout de suite des édifices clos (châteaux, ponts, cimetières…) ou des sites naturels (montagnes, forêts, lacs…) mais moins des voies de circulation. Pourtant, certains chemins, routes, autoroutes ont vraiment une sale réputation. Prenez, par exemple, cette route des Etats-Unis : Clinton Road.

    3. Dead-Mans-Curve.jpgCette route est située dans le New Jersey, à West Milford dans le comté de Passaic. Longue d’une grosse quinzaine de kilomètres du nord au sud, Clinton Road est tout ce qu’il y a de normale… en apparence. Elle n’est pas considérée comme particulièrement dangereuse ou accidentogène. Il y a bien un virage plus risqué que les autres, qui s’appelle d’ailleurs la Courbe de l’Homme Mort (voir photo), mais on n’y enregistre pas d’accident.

    Clinton Road doit également sa notoriété au fait qu’elle détient le feu de circulation le plus long de tous les Etats-Unis : à son extrémité sud, au croisement de la route 23, les usagers doivent attendre 5 minutes en tout, les planificateurs ayant « sacrifié » Clinton Road au profit de la route 23 afin de minimiser les embouteillages aux heures de pointe.

    Clinton Road map.JPGAu-delà de cette anecdote, cette route du New Jersey est en fait réputée pour d’autres raisons. Il s’y produirait, semble-t-il, toutes sortes de phénomènes étranges qui, au fil des années, ont forgé la sale réputation de la route. Au point d’être surnommée la route la plus hantée des Etats-Unis !

    Tout un folklore local s’est ainsi rattaché à cette route. Il faut dire qu’elle traverse une partie plutôt sauvage et peu habitée du New Jersey. Une sorte de grande tâche verte au milieu des zones urbaines. Il suffit de regarder son tracé sur Google Maps pour s’en rendre compte. Pas de village, quelques riverains ici et là, et c’est tout.

    Clinton Road.JPG

    Parcourir Clinton Road, surtout de nuit, c’est d’une certaine manière quitter provisoirement la quiétude rassurante de la civilisation. En tout cas, toutes sortes de rumeurs circulent, on dit que le long de la route ont eu lieu des rassemblements de sorcières, de confréries satanistes et même du Ku Klux Klan !

    Il est vrai qu’il a existé près de Hank’s Pond à l’est de Clinton Road un étrange édifice, le Cross Castle. Bâti en 1907 par un retraité richissime du nom de Richard James Cross pour sa femme et ses trois enfants, cet édifice de 40 pièces est tombé en ruine plus tard au XXème siècle, partiellement détruit par un incendie

    clinton24.jpgAbandonné, il est devenu une destination prisée par les randonneurs et les adolescents en quête d’émotions fortes ou d’un endroit isolé pour faire la fête.

    Selon Weird NJ, il se passerait des phénomènes étranges à l’intérieur ou près du site du château. Des visiteurs seraient saisis de convulsions ou auraient des visions troublantes. Sur les murs intérieurs du château, des symboles sataniques apparaîtraient de temps à autre, notamment dans des parties... hors d'atteinte des visiteurs.
    Considérées comme une nuisance par les autorités, les ruines du château ont été rasées le 28 juillet 1988 par le service des eaux de Newark mais il demeure encore possible d’accéder aux fondations du château par un chemin.

    Clinton_Road_ore_smelter.jpgUn autre édifice qui attire les curieux, c’est le Clinton Furnace, au croisement de Clinton Road et de Old School Road. Certains, trompés par cette structure en pierre conique, l’ont pris pour un temple druidique où les druides locaux pratiquaient des rituels secrets qui ne devaient pas être vus par les communs des mortels.
    Pure légende, bien entendu.
    En réalité, il s’agit des restes d’une ancienne fonderie de fer (voir photo) construite en 1826. Les autorités du New Jersey l’ont fait inscrire comme monument historique sur le National Register of Historic Places le 18 juin 1976.
    De nos jours, le Clinton Furnace est protégé par une clôture afin d’empêcher les curieux de trop s’en approcher et de éventuellement se blesser.

    Pour les gens de la région, Clinton Road serait aussi l’endroit où la mafia locale (les cousins des Sopranos ?) viendrait se débarrasser des corps de ses victimes. Cette réputation non attestée proviendrait d’une seule affaire criminelle, sordide et authentique, qui s’est déroulée en 1983.

    Clinton Rd Google maps.JPGCette année-là, en mai, un cycliste qui arpentait la route découvre un corps humain après avoir aperçu un vautour en train de s’agiter dan l’un des bois qui bordent Clinton Road.
    L’autopsie révèle que l’homme est mort d’un acte criminel et chose étrange, on découvre des cristaux de glace dans les vaisseaux sanguins irriguant son cœur. Ses organes internes se sont également décomposés plus lentement que sa peau. Les médecins légistes en concluent que le corps a été gelé après sa mort pour faire croire aux enquêteurs qu’il est décédé plus tardivement que dans la réalité.

    La victime est identifiée comme gravitant autour des activités de la mafia du comté de Rockland et l’enquête mène finalement en 1986 à l’arrestation d’un homme originaire du New Jersey, Richard Kuklinski, très vite surnommé The Iceman, qui avoue être l’auteur du crime.

    Pick up noir.JPGCôté paranormal, ce n’est pas triste non plus entre les prétendues apparitions de fantômes et de créatures étranges.

    L’une des histoires que l’on raconte le plus souvent, c’est celle d’un mystérieux pick-up noir qui surgirait la nuit, prendrait en chasse les automobilistes isolés, en leur faisant des appels de phare et en essayant de les expulser de la route, pour finalement disparaître comme par magie. 

    6. Camaro.jpgDans le même genre, on raconte que le fantôme d’une Camaro sillonnerait la route la nuit, pilotée par une jeune fille qui serait morte écrasée en 1988.Une simple mention de la fille ou de la Camaro la nuit en roulant sur Clinton Road est censée déclencher la manifestation paranormale… Si vous passez par là, vous pourrez toujours essayer !

    Sur cette route très spéciale, il est aussi question de créatures hybrides, étranges, de « chiens de l’enfer » et de singes, qui auraient été vus la nuit. Il se pourrait qu’il y ait une explication rationnelle à cela car dans les années 70, il y avait dans cette zone une sorte de parc d’attraction Jungle Habitat (fermé en 1976) dont une partie des animaux aurait pu fuir dans les bois et se reproduire en se croisant avec des espèces locales.

    4. Clinton-road.jpgIl n’en demeure pas moins que certains voyageurs dans la région rapportent avoir vu sur le bord de la route des gens habillés bizarrement qui regardent simplement ceux qui les voient et ne parlent pas. Parfois, ces personnes disparaissent ou ne sont apparemment pas vues par tous les témoins.

    On ne compte plus non plus les signalements de gens ayant ressenti un sentiment de malaise ou de peur grandissante lorsqu'ils roulaient sur la route, au point parfois de faire demi-tour.

    7. Pont Enfant Fantôme.jpgL’autre spot paranormal de la Clinton Road, ce serait l’un des ponts traversés, celui que l’on a baptisé le Pont de l’Enfant Fantôme (voir photo).
    Le fantôme en question serait celui d'un garçonnet qui s'y serait noyé alors qu'il nageait sous l'eau ou (selon une autre version) qui serait tombé alors qu'il était assis sur le rebord du pont.

    La légende voudrait que si on jette une pièce dans la rivière en contrebas à minuit, cet enfant mort la renvoie dans la minute…
    Dans certains récits, les témoins affirment avoir vu le petit garçon. Dans d’autres, le fantôme pousse le témoin dans l'eau si elle ou lui regarde un point précis du pont…Bref, ce n’est pas forcément un endroit où stationner longtemps.

    636328899467417528-tp3-8124881.jpgEnfin, parmi les histoires que l’on raconte, figure celle des fantômes de Terrace Pond, un lac perdu au milieu de la forêt et accessible en 45 minutes à l'est de Clinton Road par un sentier de randonnée.
    Une nuit qu’il campait avec des amis près de Terrace Pond, un homme fit la rencontre de deux gardes forestiers. Peu après, il apprit que les hommes en question étaient deux gardes morts accidentellement sur les lieux en 1939…

     

     

    Clinton Road entrance.JPG
    L'entrée nord de la route vers West Milford

    Arbre bizarre.JPG
    En remontant Clinton Road avec Google Maps, j'ai remarqué cet arbre étrange couvert de signes.
    Je penche pour un petit mémorial rappelant un accident de la route tragique (mais la route est droite...)

    Entrée riverain.JPG
    Un halo étrange que je ne m'explique pas, à l'entrée du chemin de l'un des rares riverains (photo Google Maps)

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  • L'effrayant Cimetière du Diable (Russie)

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    Le cimetière du Diable, ce n'est pas un cimetière tel qu'on l'entend avec ses rangées de tombes et de mausolées.
    Non, c'est juste une prairie.... Mais une prairie très particulière, qui prend la forme d'une clairière circulaire au milieu d'une forêt de Sibérie.
    Une prairie sur laquelle la végétation est rare, les seules branches d'arbres que l'on peut y voir ont l'air carbonisé. On y trouve aussi des restes d'oiseaux et d'animaux mais ceux-ci, pour une raison inconnue, ne se décomposent pas. Aucun bétail ne vient s'ébattre dans cette prairie et les quelques humains qui vivent à proximité prennent bien soin de s'en écarter.

    Cimetiere du Diable Google Maps.jpgIl est vrai que cette prairie peu engageante traîne avec elle une sale réputation. J'ai eu du mal à la retrouver sur Google Maps parce que c'est juste une tache claire au milieu d'immenses massifs forestiers.
    C'est un euphémisme de dire qu'on est à l'écart du monde. Cette zone se trouve dans le district de Krasnoïarsk, en pleine Sibérie, au centre de la Russie et au nord de la Mongolie. C'est quasiment inhabité et extrêmement sauvage. Il y a une petite localité à proximité, mais Krasnoïarsk, la ville principale est à 800 km ! Comme il y a très peu de routes, il faut environ 12 à 13 heures pour s'y rendre avec un véhicule. Quant à la capitale Moscou, elle est à environ 5000 km de là.
    Bref, c'est très loin et dans toute la région de Krasnoïarsk, on considère cette zone comme l'endroit le plus effrayant de toute la Russie. Les gens l’appellent "Le Cimetière du Diable" (ou parfois la "clairière du diable" ou "la clairière de la mort" tout un programme !).

    La première mention de ce lieu inquiétant remonte au début de 1920. Un paysan, Semyon Polyakov du village de Karamyshevo, a raconté récemment comment son grand-père menait un petit troupeau de wapitis dans la taïga lorsqu'il est tombé par hasard sur cette prairie étrange. Sous ses yeux, plusieurs wapitis se sont écroulés nets sur le sol qui était chaud, comme brûlé.
    Par la suite, on a déplacé le chemin pour contourner largement cette zone car tous les éleveurs craignaient que leur bétail ne meure à l'approche du site. Mais il y a eu quand même une mortalité massive chez les bovins des villages voisins de Kostino, Chemba et Karamyshevo.

    A la fin des années 1920, un expert en bétail du nom de Semchenko s'est intéressé à la clairière du diable. Au centre de cette prairie, il y aurait une sorte de trou (qu'on ne voit pas, pourtant, sur les rares photos de l'endroit). Il a laissé tomber une corde dedans, sur plusieurs dizaines de mètres, mais elle n'a pas atteint le fond. Semchenko a remarqué que des oiseaux morts gisaient près du trou et que leur chair était d'une étrange couleur pourpre. Certains, dans la région, ont dit qu'ils avaient la peau qui scintillait...

    Par la suite, le gouvernement communiste a inventé une sombre histoire de tombes de démons, pour dissuader la population locale très superstitieuse de s'en approcher.
    Ce qui terrifie les gens du coin, c'est que dans cette clairière il n'y a rien de vivant, tout périt, des plantes aux animaux et aux gens.
    Mais ce n'est pas tout : il faut aussi parler de la centaine de personnes qui auraient disparu dans la zone depuis les années 30. Tous, et cela comprend au moins trois groupes organisés, le dernier en 1992 (un groupe de touristes de la ville de Nabarezhnye Chelny) se sont volatilisés et n'ont jamais été retrouvés. Sans doute se sont-ils perdus ou sont-ils morts de froid...
    Ces disparitions ont eu lieu en grande partie dans les années 80-90 lorsque le sujet a été abordé dans des revues russes et que cela a attiré les amateurs de mystère.

    L'endroit est très difficile d'accès, pendant une période courte dans l'année en raison du froid. Une fois sur place, il faut traverser la taïga, des pentes raides couvertes de bouleaux et de tourbières.  Et si par chance vous parvenez à vous y rendre, les guides locaux refuseront de s'approcher de la prairie à moins de 2 ou 3 kilomètres. Soit vous continuez à vos risques et périls, soit vous faites demi-tour.
    Quelques courageux qui ont fait une visite expresse ont raconté qu'ils avaient développé sur place de violents maux de tête, des nausées et une anxiété inexplicable.

    Cimetière du Diable 2.jpgEn 1991, une expédition de la ville de Vladivostok est partie à la recherche du cimetière du Diable. L’un des participants, Alexander Renpel, a décrit la situation : "l'aiguille de ma boussole était figée et pointait vers le Nord seulement. Le soir, les gens du groupe ont eu des picotements dans tout le corps, certains ont eux des maux de dents. Tout le monde se sentait mal et inquiet. En début de soirée, nous nous sommes approchés de la prairie. Nous avions un poste de radio qui a crépité et qui s'est éteint, nous avons préféré faire demi-tour".

    Deux autres expéditions montées par le groupe de recherche Phénomenon n'ont pas eu plus de succès. A chaque fois qu'elles s'approchaient de la prairie, tout leur équipement (téléphone, radio, caméras) tombait en panne et elles n'ont pas pris le risque de continuer.
    C'est comme si l'endroit se mobilisait pour repousser tous les intrus. Ils ont juste trouvé les ruines d'un vieux moulin à eau dans la forêt, le long d'un cours d'eau, dont ils ne s'expliquent pas la présence car loin de tout, à plus de cinq ou six kilomètres du premier village. Ce moulin aurait été construit dans les années 20, justement au moment où le phénomène aurait commencé. Il y avait donc quelqu'un dans le coin à cette époque...

    Quelles explications ?

    Dans les documents déclassifiés de l'Académie sibérienne des sciences, il est avancé l'hypothèse que la mort des plantes et des animaux pourrait être due à des oscillations acoustiques à basse fréquence et des chocs sismiques brefs mais fréquents. Sans pour autant qu'il y ait des preuves ou des mesures scientifiques de ces phénomènes.

    Ce qui est dit sur les oiseaux dont la peau "scintillerait" pourrait faire penser à une contamination radioactive (la chute d'un missile à cet endroit, par exemple) mais apparemment on n'y aurait enregistré aucune radioactivité.
    Le gouvernement soviétique qui, manifestement, n'appréciait pas les curieux, a-t-i procédé à cet endroit à un test chimique ? Et si oui, lequel dans les années 1920 ?

    Dans les années 1980, Victor Zhuravlev, professeur de physique et de mathématiques, membre du département sibérien de l’Académie des sciences de l’URSS, a suggéré qu’un feu de charbon souterrain brûle en permanence sous le Cimetière du Diable. En cas de manque d’oxygène, la combustion du charbon s’accompagne de l’émission de gaz de monoxyde de carbone incolore et inodore qui empoisonne les organismes vivants. Ce qui pourrait expliquer les maux de têtes et autres maladies signalées sur place.
    Mais est-ce que cela expliquerait cette forme ovale de la prairie ? Et surtout, cela ne permet pas de comprendre pourquoi les instruments tombent en panne et les disparitions dans cette zone.

    800px-Tunguska_event_fallen_trees.jpgUne autre théorie, que je trouve très intéressante, relie le Cimetière du Diable à la chute de la fameuse météorite de Toungouska en 1908. On sait que cette année-là, un corps céleste s'est écrasé dans la taïga en Sibérie, détruisant de vastes zones inhabitées. On pense qu'un morceau de cette météorite aurait pu s'écarter de sa trajectoire et venir frapper cette portion de la région, créant cette mystérieuse prairie aux propriétés si particulières.
    Cela aurait déclenché à cet endroit une altération du champ magnétique qui pourrait expliquer les maux de tête des visiteurs, les morts des animaux et des plantes et le fait que les instruments électroniques se détraquent.
    Reste que selon les archives de l’Académie sibérienne des sciences de l’ex-URSS, la sinistre clairière se trouve quand même à 400 km de l’endroit où la météorite de Toungouska a explosé et les premières histoires sur la prairie ont commencé à circuler vers 1920 et durant toutes les années 1920, soit plus de 12 ans après l'écrasement de la météorite. La première expédition scientifique sur place date de 1927.

    Bref, le Cimetière du Diable est un endroit sinistre, mortifère et mal connu, qui existe réellement et qui pourrait être une sorte de passage vers l'enfer... Les gens du coin ont même érigé des statues en bois pour dissuader les gens de s'y rendre.

    Et comme il n'y a pas de petit profit, il semblerait que certains entrepreneurs sans scrupules aient mis sur pied un faux "Cimetière du diable" à proximité du vrai, réclamant une fortune aux touristes naïfs pour atteindre cet emplacement, qui n’est d’aucune importance et tout à fait sûr.

    J'ai raconté cette histoire lors d'un live sur BTLV en avril 2020.

    Important : ce texte est sous copyright. Vous pouvez publier un lien dirigé vers cette page, mais il est formellement interdit de reproduire l'article sans l'autorisation de l'auteur.

  • Conférences/dédicaces 2020

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    Pour répondre à plusieurs demandes, voici mon agenda connu à ce jour de mes conférences et/ou dédicaces en 2020.
    Au plaisir de vous croiser sur la route :-)

    En raison de l'épidémie de coronavirus, nombre d'événement ont hélas été annulés ou reportés.

    • 13/03 : Conférence au Repas Ufologique de Tours reportée
    • 4/07 : Conférence Ufo à Valensole en suspens
    • 1/09 : Conférence Histoire et Mystère de l'Aude, domaine de la Salz à Sougraine à confirmer
    • 14-15/11 : Congrès ufologique de Montpellier
    • 27-29 novembre 2020 : Rencontres du Mystère et de l'Inexpliqué (BTLV) à Lyon

    + printemps 2021 à Sarlat (Dordogne).

    et vous pouvez aussi me retrouver sur BTLV pour des Libres Antennes ainsi que tous les mois pour un dossier inexpliqué.

  • Le dernier signe du lieutenant Murphy

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    C'est une histoire vraie, celle d'une incroyable synchronicité, qui est arrivée à la famille Murphy endeuillée par la perte de leur fils Michael. C'est aussi l'histoire d'un héros.

    Aimé et respecté de tous, Michael Murphy était un militaire américain, titulaire du grade de lieutenant dans l'unité des SEALS, la principale force spéciale de la marine de guerre américaine (la fameuse US Navy).
    En 2005, il fut envoyé dans les montagnes d'Afghanistan, pour y diriger une mission de reconnaissance chargée de recueillir des informations sur un chef terroriste local.

    Mais son équipe de quatre hommes et lui ne purent mener leur mission à son terme. En effet, ils furent attaqués par des éleveurs de chèvres locaux qui indiquèrent ensuite leur position aux talibans.
    Les cinq soldats se sont retrouvés alors dans un combat terrible avec des troupes ennemies plus nombreuses.
    Dans le feu de l'action, le lieutenant Murphy s'est exposé au feu ennemi pour envoyer un message radio à son quartier général et obtenir de l'aide. Hélas, il a été mortellement blessé.

    main-qimg-9b26986e2bc61335d439279145fed72b[1].jpgLe sacrifice de Murphy du 28 juin 2005 pour que ses hommes aient une chance de survivre a valu au soldat la Medal of Honor décernée à titre posthume par le président G.W. Bush le 22 octobre 2007, la première remise depuis la guerre du Vietnam. De nombreux sites (rues, parcs, etc.) portent désormais le nom de Murphy aux Etats-Unis.
    D'ailleurs, peut-être que vous connaissez cette histoire, qui a donné lieu en 2013 au film "Lone Survivor" ("Du sang et des larmes" en français) de Peter Berg avec Mark Wahlberg et Eric Bana.

    Mais c'est lors de ses funérailles au cimetière national de Calverton le 13 juillet 2005 qu'il s'est passé un événement inattendu. Après la cérémonie, Dan et Maureen Murphy, dévastés par le chagrin, étaient en train de regagner leur véhicule.
    Soudain, le téléphone de Maureen a bipé. Elle n'avait pas la tête à consulter son téléphone à ce moment-là mais par réflexe, elle a quand même regardé l'écran. Elle a vu qu'elle venait de recevoir un message, qu'elle a ouvert...

    “Momma, home safe and sound. Mike”

    (Maman, à la maison, sain et sauf. Mike)

    Les mains de Maureen se sont mises à trembler. D'émotion, elle a lâché son téléphone qu'elle a ramassé ensuite. Le message était toujours là. Elle l'a montré aussitôt à Dan pour qu'il constate son existence. L'un et l'autre se sont alors tournés l'un vers l'autre et se sont souri malgré leur chagrin.

    Le SMS de Murphy ne venait pas de l'au-delà, du moins pas directement. Au fil des années, le militaire avait pris l'habitude d'appeler ou de texter ses parents à chaque fois qu'il arrivait à une nouvelle destination, c'était sa manière à lui de leur faire savoir que tout allait bien de son côté.
    Et, vérification faite, il a bien émis le SMS qu'a reçu sa mère, mais plusieurs mois auparavant alors qu'il arrivait à son lieu d'affectation à Hawaï.

    Ce qui demeure inexpliqué, c'est pourquoi ce SMS a mis autant de temps pour être envoyé et par quelle coïncidence il est parvenu à sa destinataire à un moment aussi douloureux, avec un message qui prenait instantanément une nouvelle signification.
    Quoi qu'il en soit, Dan et Maureen Murphy, fervents catholiques, ont interprété cet ultime message comme le signe que leur fils était bien arrivé dans son foyer éternel.

    Cette histoire a été racontée dans un documentaire consacré à Michael Murphy intitulé "Murph the Protector".

    Important : ce texte est sous copyright. Vous pouvez publier un lien dirigé vers cette page, mais il est formellement interdit de reproduire l'article sans l'autorisation de l'auteur.

  • L'étrange personnage de Bourtourault

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    Voici une curieuse histoire, trouvée par hasard lors de recherches sur tout autre chose, qui a été publiée dans L'Ouest Eclair du 10 avril 1910 dans un court paragraphe intitulé "Un village hanté !"

    Melle.JPG

    Encore un petit village très tranquille, Mellé (Ile-et-Vilaine), dont la carrière des Beurrières a fourni les pierres en granit du pont Alexandre-III à Paris.
    A l'ouest de cette localité, dans un hameau nommé la plaine de Bourtourault (orthographié Bourtoureaux dans l'article de l'époque), il y eut début avril 1910 une agitation inhabituelle.
    L'Ouest Eclair raconte que depuis huit jours, la jeune servante de M. Juvigné (le propriétaire du hameau ou d'une des maisons, ce n'est pas précisé) a remarqué la présence d'un étranger rôdant dans les environs, tantôt habillé en homme ... et tantôt en femme.

    Cet étrange personnage, aux allures bizarres, demandait à parler à M. Juvigné mais prenait toujours soin de s'éclipser au moment où quelqu'un (Juvigné ou l'un de ses voisins) faisait son apparition.
    La servante s'inquiéta de ces apparitions qui reprenaient chaque jour à la nuit tombée. Elle raconta l'histoire aux villageois qui, convaincus de sa sincérité, s'en effrayèrent au point de s'armer aussitôt de fourches, de faux et de fusils.
    Depuis peu, précise l'article, ils montent la garde à tour de rôle. Mais le "fantôme", pas né de la dernière pluie à l'évidence, attend toujours que les sentinelles soient allées se coucher pour faire une apparition fugace.
    L'Ouest-Eclair indique enfin que "l'aventure n'est point finie" et que dans le reste de la commune, on ne prend pas l'affaire au tragique...

    Mon commentaire
    Les informations sont trop parcellaires et lointaines pour pouvoir se prononcer sur ce qui ressemble à une anecdote de l'étrange.
    Qui a vraiment vu ce personnage fantôme hormis la servante ? A quoi ressemblait-il vraiment ? Comment s'est terminée cette histoire ? Cet endroit était-il réputé pour des phénomènes inhabituels ou inexpliquées ?
    On l'ignore. Je n'ai pas trouvé d'autre article ou de chronique prolongeant le récit de ce cas et nous donnant le fin mot de l'histoire.

    Apparemment, le "fantôme" parlait puisqu'il a formulé le souhait de voir M. Juvigné, ce qui ferait quand même pencher pour un personnage humain.
    Le fait que l'apparition soit habillée soit en homme, soit en femme est plutôt étonnante. Je ne connais pas de témoignage sur des fantômes qui changeraient de costume au gré de leurs envies...  Y-a-il eu méprise de la part de la jeune servante ?
    Il aurait fallu c'est vrai, en savoir davantage sur celle-ci, sur sa personnalité. Etait-elle imaginative, convaincante au point de pouvoir déclencher une mini hystérie collective autour d'elle ?
    Si quelqu'un dispose de détails complémentaires sur cette histoire du début du XXème siècle, je suis preneur !

    Sources

    • L'Ouest Eclair, "Un village hanté", 10 avril 1910.
    • Mellé, fiche Wikipedia.

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  • Que s'est-il passé à Ansacq en 1730?

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    Map_commune_FR_insee_code_60016.pngVoici une histoire tombée dans l'oubli mais hautement curieuse qui eut pour théâtre au XVIIIème siècle la petite localité d’Ansacq. Celle-ci est située dans le département de l’Oise, à 23 km à l’est de Beauvais et à 54 km au nord de Paris. Aujourd'hui, elle compte environ 280 habitants, c’est-à-dire à peu près autant qu’il y a 300 ans, au moment des faits. 

    Le phénomène eut lieu précisément en 1730, et pas une fois mais à trois reprises au moins !

    Cette année-là – nous sommes sous le règne de Louis XV – le village d’Ansacq va être le témoin d’un extraordinaire événement qui demeure inexpliqué à ce jour. Il aura lieu dans la nuit du 27 au 28 janvier 1730, puis se reproduira dans la nuit du 9 au 10 mai, et enfin le 31 octobre, entre neuf et dix heures du soir, toujours en 1730.

    Le curé de Saint-Lucien d’Ansacq va s’investir longuement dans cette histoire et va mener une véritable enquête "à la X-Files". Treuillot de Stoncourt, c’est son nom, est un homme d’Eglise, docteur en théologie, de mentalité plutôt sceptique. Les superstitions, la magie et autres fariboles, ce n’est pas son truc. Mais il n'ignore pas que ses ouailles ont été élevées dans la croyance que les sorciers, le sabbats et les manifestations diaboliques font partie de notre réalité. 

    Ansacq.jpgLe prêtre va cependant prendre le temps de rencontrer les témoins, de les interroger longuement et de réunir leurs récits. Dérangé par l’étrangeté du phénomène et l'évidente sincérité de ses paroissiens, il rédige une sorte de « procès-verbal » et l’envoie au Mercure de France, l’une des grandes revues sérieuses de l’époque. Son texte sera publié en décembre 1730. Et c’est grâce à lui que cette histoire étrange nous est parvenue.

    Alors que raconte notre curé de Saint-Lucien d’Ansacq ?              

    Durant ces nuits-là, en janvier, en mai et en octobre 1730, un grand nombre de témoins, dignes de foi, affirment avoir entendu dans le ciel «une multitude prodigieuse comme de voix humaines de différents tons, grosseurs et éclats, de tout âge, de tout sexe, parlant et criant toutes ensemble, sans néanmoins que ces particuliers aient pu rien distinguer ce que ces voix articulaient ».

    Le prêtre ajoute dans son rapport que parmi cette confusion de voix, certaines poussaient des "cris lugubres et lamentables, comme des âmes en peine", d’autres des cris de joie, comme si des gens s’amusaient. Et plusieurs témoins affirment avoir clairement distingué les sons de différents instruments de musique s'ajoutant au tintamarre.

    Voici quelques témoignages édifiants parmi la bonne quinzaine qu’a recueilli le prêtre. D’abord celui, dans la nuit du 27 au 28 janvier, du laboureur Charles Descoulleurs et de son frère François, qui revenaient de Senlis. Ils n’étaient arrivés que vers deux heures du matin près du parc d’Ansacq. Ils s’entretenaient de leurs affaires lorsqu’ils furent "interrompus par une voix terrible, qui leur parut éloignée d’eux d’environ vingt pas ".

    A ce moment-là, une autre voix semblable à la première répondit de l’autre extrémité du village et, sitôt après, d’autres voix se firent entendre entre les deux premières. Charles Descouleurs a raconté qu’il n’a pas pu comprendre leur jargon mais qu’il a clairement reconnu «des voix de vieillards, de jeunes hommes, de femmes ou de filles et d’enfants, et parmi tout cela les sons de différents instruments».

    Ansacq_(60),_GR_124_à_l'ouest_du_village_1.jpgPour lui, certains des sons venaient de très haut dans le ciel, d’autres étaient à hauteur d’homme, quelques-uns semblaient même sortir de sous la terre. Les deux hommes étaient des campagnards, familiers des bruits nocturnes de la nature et, clairement, ce n’étaient pas des cris d’oies sauvages, de canards, de hiboux, de renards ou de loups.
    Ce vacarme a duré une bonne demi-heure et les deux frères avaient du mal à s’entendre en parlant très fort.
    Puis, selon eux, tout s’est arrêté par "une salve d’éclats de rire, comme s’il y eût eu trois ou quatre cents personnes qui se missent à rire de toute leur force ". Il faut préciser que ce soir-là, les deux frères étaient à jeun.

    On pourrait néanmoins se dire qu’ils ont halluciné, mais la même nuit, Louis Duchemin, un marchand de gants, et Patrice Touilly, un maître maçon, qui se rendaient à Beauvais pour y être à l’aube, se trouvèrent vers deux heures du matin au-dessus de la côte opposée à celle où étaient les frères Descoulleurs à la même heure.
    Et eux aussi entendirent le même boucan, au point que, saisis de peur, ils songèrent à revenir sur leurs pas. Sauf qu’il aurait fallu passer à l’endroit où ces voix se faisaient entendre, donc, peu rassurés, ils préférèrent poursuivre leur voyage en s’en éloignant. Ils entendirent ce qu’on allait nommer plus tard la « troupe aérienne » pendant une demi-lieue de chemin, deux bons kilomètres donc, de plus en plus faiblement ensuite.

    Un autre Descoulleurs, Claude, ancien pensionnaire de feu le duc d’Orléans, entendit le bruit au mois de janvier. Mais, je cite encore le curé, « comme il faisait froid, il ne s’était pas levé. (…) Le bruit était si grand et si extraordinaire que quoi qu’il fût bien enfermé, il n’avait pas laissé d’être effrayé et de ressentir dans toutes les parties de son corps un certain frémissement, en sorte que ses cheveux s’étaient hérissés ".
    Au mois de mai, le même Descoulleurs entendit encore les bruits qui l’éveillèrent en sursaut : "Il s’était levé sur-le-champ, mais, tandis qu’il s’habillait, la troupe aérienne avait eu le temps de s’éloigner, en sorte que quand il fut dans sa cour, il ne l’avait plus entendue que de loin et faiblement ".
    Claude Descoulleurs a comparé le bruit à celui produit par la foule dans une foire, dans les halles de Paris un jour de grand marché ou encore celui qu’on entend dans les salles du palais avant l’audience, avec, en plus, les sons des violons, des basses, des hautbois, trompettes, flûtes, tambours, etc. Comme un énorme brouhaha avec des notes de musique.

    Alexis Allou, le clerc de la paroisse d’Ansacq, lui, crut qu'un incendie s'était déclenché dans le village d'Ansacq. Il s’est levé précipitamment puis, prêt à sortir, il a entendu "passer devant sa maison une multitude innombrable de personnes, les unes poussant des cris amers, les autres des cris de joie, et parmi tout cela les sons de différents instruments", il fut saisi d’un frisson de peur et a préféré se recoucher.

    Ansacq_(60),_Grande_Rue_1.jpgOn dispose aussi des témoignages similaires des laboureur Nicolas de La Place et Nicolas Portier, et du garçon marchand Antoine Le Roi, qui ont raconté, je recite le curé d’Ansacq : "le bruit était si grand et si affreux que leurs chiens qui étaient couchés dans la cour pour la garde de la maison, en avaient été tellement effrayés que, sans pousser un seul aboiement, ils s’étaient jetés à la porte de la chambre de ladite maison, la mordant et la rongeant comme pour la forcer, l’ouvrir et se mettre à couvert".

    Le curé d’Ansacq mentionne encore de nombreux témoignages qui concordent tous et surtout il avoue sa perplexité. Il n’a aucune explication à avancer pour ce phénomène extraordinaire et donc voudrait bien en obtenir une. Il écrit : "Serait-il possible que tant d’oreilles eussent été enchantées, pour ainsi dire, pour croire entendre ce qu’elles n’entendaient pas ? C’est ce que je ne saurais jamais m’imaginer…»

    Ce qui est intéressant, c’est qu’après la publication du texte du prêtre, un homme de lettres ayant une charge dans la justice de la ville voisine de Clermont racontera que lui aussi, une nuit qu’il traversait le village d’Ansacq pour s’en retourner à Clermont, la ville voisine, il a entendu ce bruit formidable dans le ciel... mais c’était quinze ans plus tôt, en 1715, l’année de la mort de Louis XIV ! A l’époque, il n’avait rien dit de peur qu’on le prenne pour un «visionnaire», une sorte de sorcier voyant.

    Quelle interprétation ?

    Ce n'est pas évident de proposer une explication rationnelle à ce fait de nature merveilleuse. On sait que le concept d’hallucination collective est une vue de l’esprit et les témoins racontent tous peu ou prou la même chose. Il n’y a pas non plus de phénomène météorologique connu qui produise ce genre d’effets.

    C’est d'ailleurs un phénomène assez unique en son genre. Uniquement sonore, puisqu’il n’a pas été accompagné de lumières, d'éléments matériels ou d’odeurs particulières. Une énorme illusion auditive, mais qui semble se déplacer alors que les témoins ne bougent pas… et dont les fréquences terrifient les animaux, au moins les chiens. Mais, une fois le phénomène disparu (d'ailleurs, il ne s'est jamais reproduit), les humains n’ont pas noté de séquelles, de troubles quelconques…

    Le seul rapprochement que je pourrais faire, c’est avec l’illusion sonore des deux Anglaises en 1951 à Dieppe qui avaient entendu toute une nuit le vacarme du raid militaire meurtrier qui s’était déroulé... neuf ans plus tôt (voir mon livre "Affaires Etranges", chapitre 15).
    Est-ce possible que par un mécanisme totalement inconnu, les habitants d’Ansacq aient pu entendre les sons soit d’un événement à distance, soit d’un lointain passé ? Pour ce que l’on en sait, il n’y avait aucun événement aussi bruyant avec autant de monde, en pleine nuit, à des lieues à la ronde? Aucun témoin n'a parlé non plus de vents qui auraient pu porter le son sur une longue distance....
    Alors, les réminiscences d’un événement historique d'un lointain passé ? Une bataille antique ? Mais laquelle mêlerait des rires, des gémissements et de la musique ? Et aussi fort et aussi longtemps ?

    Pour conclure, il faut souligner la démarche rigoureuse de Treuillot de Stoncourt, le curé, qui s’est bien assuré que la plupart des témoins n’entretenait pas de relations entre eux et qu’ils n’avaient pas fomenté une sorte de tromperie pour le ridiculiser, voire se ridiculiser eux-mêmes.
    Et l'homme d'Eglise a pris soin, avant d’envoyer son texte au Mercure de France, de le soumettre à quelques connaissances éclairées et érudites de l’Académie des Sciences. C’est plutôt atypique à une période où l'on met encore les phénomènes inexpliqués sur le dos du Diable. Il invente même un néologisme pour désigner ce phénomène qu’il baptise « akousmène » (l’histoire n’a pas retenu ce terme, on pourrait le réhabiliter).
    Selon lui, les akousmènes sont des phénomènes sonores qui ne peuvent être entendus que dans une zone limitée et que par quelques personnes seulement. En tout cas, comme nous, il n’a pas reçu d’explication satisfaisante sur la nature et la cause de ce phénomène merveilleux.

    Sources :

    • Le Mercure de France, décembre 1730.
    • Revue Spiritualiste, 2ème livraison, 1862.
    • Guide de l'Ile de France Mystérieuse, Les Guides Noirs Tchou, 1968.

    J'ai raconté cette histoire lors d'un live BTLV en avril 2020.

    Important : ce texte est sous copyright. Vous pouvez publier un lien dirigé vers cette page, mais il est formellement interdit de reproduire l'article sans l'autorisation de l'auteur.

  • Les naufragés qui s'ignoraient...

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    C'est l'histoire incroyable de deux groupes de naufragés qui ont survécu en même temps, sur la même île, mais en ignorant totalement l'existence l'un de l'autre !

    François_Edouard_Raynal_A.Quinet_BNF_Gallica.jpgCelui qui a raconté cette aventure dans un récit autobiographique est aujourd'hui un peu oublié : François-Édouard Raynal, un navigateur, écrivain et fonctionnaire français. Né le 8 juillet 1830 à Moissac (Tarn-et-Garonne), il a dû exercer divers métiers après la ruine de son père juriste en 1844 : mousse sur un trois-mâts, régisseur de plantation à l'île Maurice à 19 ans, chercheur d'or en Australie à 22 ans, etc. En tout, il a sillonné pendant 23 ans les mers australes avant de revenir en France pour y devenir... fonctionnaire aux impôts.

    Le 12 novembre 1863, Raynal est à bord de la goélette Grafton qui quitte le port de Sydney. Mais son expédition à l'île Campbell s'avère infructueuse : ni mine d'étain argentifère comme escompté, ni phoques. Aussi le navire de 56 tonnes fait route vers les îles Auckland, des terres inhabitées à environ 480 kilomètres au sud de la Nouvelle-Zélande.

    Auckland_islands_topo.pngLe naufrage de la Grafton
    Le 31 décembre 1863, la goélette Grafton entre dans Motu Maha, le détroit des îles Auckland au nord de l'île Adams mais dans la nuit du 2 au 3 janvier 1864, le bateau est drossé contre les rochers du fjord Nord de Carnley Harbour dans la principale île de l'archipel.
    Cinq naufragés réussissent à atteindre la terre ferme et à récupérer quelques objets, des vivres pour deux mois, des armes et un canot. Ils sont tous de nationalité différente : le capitaine américain Thomas Musgrave, le marin norvégien de 28 ans Alexandre McLaren (Alick), le marin anglais George Harris (20 ans), le cuisinier portugais Henri Forgés (23 ans) et le français François Raynal.

    The-crew-of-the-Grafton-Source-Raynal-1892.pngSurvie
    Très vite, les cinq infortunés réalisent que d'éventuels secours ne viendront pas avant plusieurs mois. C'est pourquoi ils entreprennent de bâtir une cabane capable de résister aux ouragans de la zone subantarctique. Ils baptisent cette hutte d'un nom indien, Epigwaitt.
    Pour se nourrir, les naufragés devront se contenter de lions de mer, leur présence ou absence saisonnière décidant des périodes d'abondance ou de disette. Et leur menu sera complété par des oiseaux de mer, des moules et des poissons.
    Sur les îles Auckland, peu d'espèces végétales sont comestibles. Raynal réussira quand même à produire une bière buvable à partir de rhizomes locaux.

    Le capitaine de la Grafton, Thomas Musgrave, va rédiger avec ses compagnons d'infortune une véritable constitution pour régir leur vie de naufragés. La solide expérience de François-Édouard Raynal, qui a été chercheur d'or pendant 11 ans en Australie, se révèle précieuse. Grâce à lui, on réussit à fabriquer du ciment avec des coquillages, du savon et même des bottes et des vêtements en tannant des peaux de phoque. Le même Raynal racontera plus tard les affres endurées à cause des insectes de l’archipel, notamment les mouches noires.

    Délivrance
    Une année passe... Les cinq naufragés doivent se rendre à l'évidence : personne ne viendra les sauver. Ils doivent donc se tirer d'affaire seuls. Raynal convainc alors ses compagnons de construire une barque pontée sur la base du canot de la Grafton.
    Launching-the-Rescue-Source-Raynal-1892.pngPour cela, il s'agit d'abord de construire une forge équipée d'un soufflet en peaux de phoque, pour transformer les pièces métalliques récupérées sur l'épave en divers outils. C'est Musgrave qui fera les voiles à partir de celles récupérées sur les restes de la goélette.

    La barque est achevée mais elle ne peut contenir que trois des cinq naufragés. Finalement, le 19 juillet 1865, un an et demi après le naufrage, Musgrave, Raynal et Alick quittent l'île sur leur embarcation de fortune et parviennent au prix d'une traversée très périlleuse à rallier l'île Stewart à 450 km au nord. De là, ils peuvent rejoindre Invercargill au sud de la Nouvelle-Zélande et à peine arrivés, le capitaine Musgrave pilote lui-même l'expédition de sauvetage à bord d'un petit navire, le Flying Scud. Il arrive à temps pour sauver les deux autres naufragés d'une inanition inexorable.

    Thomas_G._Purvis_-_Invercauld.jpgLes "autres"
    Mais le plus extraordinaire sans doute, dans cette histoire, c'est que quatre mois après le naufrage de la goélette Grafton aux îles Auckland, un autre navire, l'Invercauld avait aussi fait naufrage mais... à l'autre extrémité !
    Le 11 mai 1864, l’Invercauld s'échoua sur les rochers de la pointe nord-est de la même île Auckland. Des vingt-cinq membres de l'expédition, six se noyèrent.
    Les survivants s'en tirèrent moins bien que ceux de la Grafton. Des dix-neuf naufragés restants, trois seulement furent recueillis vivants le 20 mai 1865 par le brick espagnol Julian qui les conduira à Valparaiso, au Chili. Auckland2.jpgIls furent donc sauvés trois mois avant les 5 naufragés de la Grafton par un navire que ces derniers ne virent jamais !

    Et ce qui laisse stupéfait, c'est que, malgré les 12 mois passés en commun sur l'île, les deux groupes de naufragés, qui ignoraient leur existence réciproque, n'ont jamais établi de contact entre eux, alors qu'ils étaient séparés d'à peine... une vingtaine de kilomètres !

    Postérité
    D'autres naufrages eurent lieu sur les îles Auckland, comme celui du Général Grant en mai 1866: sur les 25 membres d'équipage et 58 passagers, dix survivants seront ramenés par le Amherst en novembre 1867.
    Le capitaine de la Grafton, Thomas Musgrave, racontera son aventure en 1866 sous le titre "Castaway on the Auckland Isles" et François-Edouard Raynal fera de même en 1870 dans un livre intitulé "Les Naufragés, ou Vingt mois sur un récif des îles Auckland".
    FMIB_50706_Remains,_of_the__Grafton__Wreck,_Carnley_Harbour,_Auckland_Islands.jpgRécompensé par un prix de l'Académie française en 1874, le récit de Raynal est devenu, jusqu'à la Première guerre mondiale, le livre préféré des distributions de prix en fin d'année scolaire. Il a été réédité à de nombreuses reprises depuis.

    Revenu sur la terre ferme pour y occuper un poste dans l'administration fiscale, Raynal s'éteindra le 28 avril 1898 à Valence d'Agen.

    Du naufrage lui-même, il reste des noms aux îles Auckland : la baie Musgrave, le mont Raynal (644 m) et la pointe Raynal au sud d'Epigwaitt... Dans les collections du Museum of New Zealand à Wellington se trouvent des photographies (dont celles en noir et blanc qui figurent sur cette page), un morceau de la quille et deux boîtes.
    Wreck 1.JPGF.E. Raynal a également offert divers objets à la bibliothèque de Melbourne : une paire de bottes en peau de phoque, une aiguille à voile en os d'albatros, des soufflets de forge en peau de phoque. Enfin, une plaque commémorative a été apposée dans une rue du quartier Saint-Benoît de Moissac.

    Jules Verne
    Ce qu'on sait moins, c'est que le romancier scientifique français s'est inspiré du récit de Raynal pour son roman "L'Oncle Robinson" écrit en 1872-1873, d'abord refusé puis repris sous le titre "L'Île mystérieuse" en 1874. Raynal y est mentionné et les naufragés de l'air de Jules Verne sont cinq et de nationalité différente comme les naufragés de la Grafton...

    Le naufrage raconté dans le Sydney Mail du 7 octobre 1865

    Map-of-the-Epigwaitt-site-showing-the-on-shore-fragments-of-the-Graftons-hull-The-main.png

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    Les restes de l'épave de la Grafton en 2002

    Crédits photos noir et blanc :

    Wreck of Grafton, Epigwaitt, Auckland Islands, circa 1888, Auckland Islands, by William Dougall, Burton Brothers studio. Purchased 1943. Te Papa (C.010536)

    The site of Epigwaitt hut, c. 1907, taken during the Canterbury Philosophical Institute's Scientific Expedition to the Auckland Islands in 1907. Source: Auckland Weekly News, 2 January 1908; Sir George Grey Special Collections, Auckland Libraries, AWNS-1908010215-1.

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